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« Ensemble défendons notre profession » !

Discours prononcé à l’occasion des 10 ans de l’UPTIJ.
Amal Boualga, présidente de l’UPTIJ.

Madame la Ministre,
Monsieur le Premier Président de la Cour de cassation,
Mesdames, Messieurs les magistrats, représentants du barreau, de l’union francophones des huissiers de justice, et de la Police Judiciaire Fédérale 

Madame la directrice de la DG Traduction de la commission européenne

Monsieur le directeur de l’institut de formation judiciaire, mesdames, messieurs le représentants des universités, du Registre national des traducteurs et interprètes jurés,
Chers invités, dans vos titres et fonctions respectifs,
Chers collègues,

 

C’est avec beaucoup de joie et une immense fierté que nous vous accueillons ce soir, dans ce lieu d’exception, pour célébrer ensemble les 10 ans de la création de l’UPTIJ, une décennie d’engagement, une profession singulière, essentielle, et pourtant encore méconnue.

Pour en mesurer toute l’importance, il est essentiel de revenir sur deux dates clés qui ont marqué son évolution.

Le 20 novembre 1945 s’ouvrait le procès de Nuremberg, où les dirigeants nazis furent jugés pour complot, crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. C’est dans ce contexte et pendant ces nombreux procès, que les techniques d’interprétation simultanée modernes ont été développées telles qu’elles nous ont été enseignées et telles que nous les pratiquons aujourd’hui

Notre métier est donc né dans une salle d’audience, d’une nécessité impérieuse : celle de pouvoir communiquer en temps réel tout en laissant à chacun la possibilité de s’exprimer dans sa propre langue. Pour la première fois dans l’histoire, les débats d’un procès ont été traduits simultanément en anglais, français, allemand et russe

Et puis, il y a le 20 octobre 2010, date de l’adoption la Directive 2010/64/UE du Parlement européen, qui garantit aux défendeurs le droit à bénéficier de services d'interprétation et de traduction afin de pouvoir exercer pleinement leurs droits de défense. Elle établit des normes et des obligations pour les États membres, qui doivent veiller à tenir des registres nationaux de traducteurs et d’interprètes de qualité et à s’assurer que des professionnels compétents et qualifiés soient disponibles pour assurer ces services linguistiques.

C’est sous cette directive et pour les besoins des autorités judiciaires que traducteurs et interprètes jurés interviennent et deviennent un élément indispensable à la justice, notamment dans les pays où plusieurs langues officielles coexistent. lls interviennent dans des contextes officiels et solennels, où une stricte confidentialité est requise

Et pourtant, malgré cette nécessité reconnue, notre profession reste marginalisée et sous-évaluée. Nos collègues peinaient à se faire entendre, et les négociations étaient aussi surréalistes que les œuvres de ce lieu.

La spécificité et l’essence de nos missions différaient de celles de nos collègues dans d’autres spécialités. Nous avions besoin d’une représentation propre, d’une union professionnelle inclusive, conçue par et pour les traducteurs et interprètes jurés.

C’est ainsi qu’en 2014, en marge d’une protestation menée à Anvers, Bruxelles et Gand, et quelques mois après l’adoption du projet de loi sur le Registre National, un mouvement a vu le jour, trouvant rapidement un écho à travers tout le pays. Notre union professionnelle a été officiellement fondée le 25 février 2015.

Depuis, l’union professionnelle œuvre à la défense des intérêts de la profession à la promotion des meilleures pratiques en matière d'interprétation juridique, afin de sensibiliser non les sphères politiques et judiciaires, mais aussi l’opinion publique.

Cette mobilisation nous a permis d’obtenir : La reprise des rétributions après des mois de gel,

 Le retrait d’un projet visant à supprimer le paiement du temps d’attente

L’obtention du cachet officiel du traducteur

 La réduction des écarts tarifaires entre les catégories de langues

 Et surtout, la mise en place du numéro VTI anonyme, essentiel pour notre sécurité dans les dossiers sensibles.

Aujourd’hui, l’UPTIJ rassemble près de 500 membres actifs, tous traducteurs et interprètes jurés, unis pour défendre les intérêts de notre profession.

Ce soir, nous célébrons nos victoires, mais nous devons aussi anticiper les défis qui se profilent.

D’abord : l’introduction de la visioconférence dans les audiences judiciaires : une loi sur laquelle nous avons contribué par avis, à la demande de la Commission de la Justice de la Chambre des représentants. Cette loi a été votée et est entrée en vigueur le 1er septembre 2024.

Puis l’essor de l’intelligence artificielle, qui bouleverse déjà notre profession.

Quelle place donner à l’IA dans la justice ? Là où, comme en médecine, il est question de vies, de destins, de femmes, où l’erreur n’a pas sa place.

 

Nos missions ne sont grands discours diplomatiques, mais à des dialectes sociaux, l’argot des rues, les langages codés des milieux criminels. Nous prêtons nos voix aux personnes mises en cause, vulnérables, aux victimes, aux parties civiles, aux jeunes enfants en détresse.

Notre métier, c’est l’art des nuances, la maîtrise du langage non verbal, la connaissance des patois, des dialectes et des langues minoritaires. C’est la traduction de documents à peine lisible, et le poids des actes authentiques que nous validons par nos traductions et la stricte confidentialité qui les entoure.

Il nous reviendra à nous de repenser notre métier et de faire de notre expertise notre atout.

Madame la Ministre,

La grandeur d’un pays se mesure à la qualité de sa justice, car celle-ci est un pilier fondamental de la démocratie, de l’État de droit et du respect des droits humains. Le nouveau gouvernement a fait de la justice une priorité et souhaite rétablir la confiance des citoyens dans notre système judiciaire.

La justice ne peut être efficace que par les moyens mis à disposition des professionnels qui la compose et la reconnaissance des experts qui les accompagnent dans leur mission.

Cette reconnaissance c’est :

2-Une concertation, une véritable concertation mais avec les acteurs de terrain, celles et ceux présents ici, qui travaillent activement pour la justice.

1-Une revalorisation de nos honoraires, toujours basés sur un arrêté royal de 2016, devenu totalement obsolète, des tarifs insuffisants qui n’attire plus les professionnels.

 

Nous aimons profondément notre métier. Nous en connaissons les risques et assumons pleinement nos responsabilités. Nous sommes réquisitionnés à tout moment, nous vivons aux rythmes des impératifs des procédures judiciaires, nous nous adaptons sans cesse pour honorer notre serment

La création d’un Ordre professionnel s’impose comme une nécessité absolue. Il constitue le seul moyen de pérenniser notre titre, protégé par la loi depuis 2019, et de garantir la qualité, et la reconnaissance pleine et entière de notre profession.

Chers collègues, chers invités, je vous remercie pour votre présence et ensemble, continuons à défendre notre profession .

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